| Des images au crayon construites avec quelques formes claires et sombres |
| Enfant, en feuilletant un livre qui appartenait à mon père, j'ai été frappé par les arbres de Ted Kautzky : des silhouettes sombres sur fond clair, des branches claires sur fond sombre, les unes répondant aux autres comme les plateaux d'une balance. Mon père avait un mot pour cela : le contrepoids. C'est toujours ce que je cherche quand je prépare un tableau. |
| Theodore « Ted » Kautzky naît à Budapest en 1896 et se forme comme architecte. En 1923, il part pour New York, où il travaille comme concepteur et perspectiviste. C'est le dessin qui le fait connaître : en 1935, la revue Pencil Points organise un concours de croquis au crayon, et Kautzky remporte le premier prix. Avec le rédacteur en chef de la revue, Reid, il publie ensuite Pencil Broadsides (1940), « un manuel de la technique du trait large », et Pencil Pictures (1947), puis des ouvrages sur l'aquarelle, dont Ways with Watercolor (1949). Il enseigne au Pratt Institute, à l'université de New York et à l'université de Pennsylvanie, et meurt en 1953, à 56 ans. |
| On se souvient surtout de lui pour son travail au crayon, ses « peintures au crayon », comme il les appelait. Le nom est juste. Avec la mine posée à plat, il couvrait un plan entier d'un seul trait : un toit en une bande sombre, un mur laissé en papier nu, un feuillage en une seule demi-teinte. Peu de valeurs, et chacune a un rôle. Le côté éclairé d'une maison existe parce que l'ombre voisine est franche. Rien n'est ombré « au cas où ». |
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| Ted Kautzky, Roadside Farm (Ferme au bord de la route), 1947. Crayon, technique du trait large. Extrait de Pencil Pictures: A Guide to Their Pleasing Arrangement (Reinhold, 1947) ; numérisation Internet Archive, domaine public dans l'UE. |
| Dans Roadside Farm, tout le dessin tient en quelques formes : la colline boisée sombre, les toits clairs de la ferme qui s'y détachent, et la route blanche qui entre par le premier plan. Les sombres sont regroupés en une seule masse derrière les bâtiments, le ciel et la route restent presque vides, et ce contraste conduit l'œil droit à la ferme. |
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| Ted Kautzky, The Sheltering Tree (L'arbre protecteur), 1947. Crayon, technique du trait large. Extrait de Pencil Pictures: A Guide to Their Pleasing Arrangement (Reinhold, 1947) ; numérisation Internet Archive, domaine public dans l'UE. |
| The Sheltering Tree montre ce contrepoids dont je me souviens. Le grand arbre central est presque entièrement traité en clair : tronc et branches pâles découpés sur la bande sombre des bois, derrière la maison. À droite, un arbre maigre et dénudé fait l'inverse : son tronc plus foncé se détache sur un ciel vide. Le même motif, un arbre, est clair sur sombre d'un côté, sombre sur clair de l'autre, et la maison se tient entre les deux. |
| Pourquoi est-ce important pour nous, devant le chevalet ? Parce que l'étape la plus difficile, en paysage, n'est pas la touche, mais la décision de ce qu'on laisse de côté. Page après page, les dessins de Kautzky montrent comment un motif devient quelques formes claires et sombres organisées dans un rectangle. Au bord d'un torrent de Chartreuse, où rochers, écume, branches et reflets réclament tous notre attention, c'est la première question à se poser : quelles sont mes trois ou quatre grandes formes, où sont mes sombres, et qu'est-ce qui viendra s'y détacher en clair ? |
| Atelier Joseph Sherriff |
Paru dans la lettre du 29 octobre 2026
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