Joseph E. Sherriff · Lettre d’atelier
8 octobre 2026
Bonjour,
Depuis Les Marrons, à Saint-Pierre-de-Chartreuse : Festiv’Art et la conférence sont passés — merci ! Samedi, c’est le stage d’une journée « Peindre les paysages de rivière » aux Échelles, et un nouveau stage, « Les bases du dessin », suit les 24 et 25 octobre. Dans cette lettre aussi : un texte sur les toutes premières marques, « Au commencement était le feu », quelques mots sur Composition Studio, et un artiste à l’honneur, Clyde Aspevig.
1) Festiv’Art et la conférence — merci
2–4 octobre 2026
Festiv’Art Chartreuse 2026 — « L’eau et le lien »
Salle des fêtes du Revol, Saint-Laurent-du-Pont
Festiv’Art, c’était le week-end dernier. J’y avais accroché une collection d’huiles des gorges du Guiers Mort et du cirque de Saint-Même, et samedi 3 octobre j’ai donné ma conférence « Se sentir plus apaisé avec l’art » à la Maison des Arts. Merci à toutes celles et ceux qui sont passés au stand ou à la conférence.
Merci à Priscilla, Yann et Allan pour une organisation très professionnelle et chaleureuse.
2) Samedi — stage « Peindre les paysages de rivière »
Samedi 10 octobre 2026 · 10h–17h · une journée
Maison Prataz, Les Échelles
50 rue Jean-Jacques Rousseau, 73360 Les Échelles

Une journée en atelier pour peindre l’eau en mouvement : cadrage, valeurs et structure du paysage, puis reflets, transparence et textures. On travaille uniquement d’après photos. Huile ou acrylique, tous niveaux, 6 participants maximum.
Le nombre de places est limité : si vous voulez venir, contactez-moi directement.
60 € la journée, plus l’adhésion à la Maison Prataz : 15 € (annuelle) ou 5 € (pour la journée). Peinture à l’huile et pinceaux fournis si besoin : 5 €. Inscriptions : joseph.e.sherriff@gmail.com · 06 45 76 97 36
3) Nouveau — stage « Les bases du dessin », 24–25 octobre
Samedi 24 et dimanche 25 octobre 2026 · 10h–17h
Maison Prataz, Les Échelles
50 rue Jean-Jacques Rousseau, 73360 Les Échelles
Deux jours pour revenir aux fondamentaux : le premier jour, libérer le regard avec les exercices de Betty Edwards (« Dessiner grâce au cerveau droit » — dessin à l’envers, espaces négatifs, contours) ; le second, la construction classique — mise en place, proportions, valeurs, volume — appliquée à un dessin abouti. Ouvert à tous, adolescents et adultes, y compris à celles et ceux qui pensent « ne pas savoir dessiner ».
120 € + adhésion à la Maison Prataz. Matériel de base fourni. 6 participants maximum. Inscriptions : joseph.e.sherriff@gmail.com · 06 45 76 97 36
Détails : artstage.fr
Et au printemps : « La composition », les 16 et 17 mai 2027, toujours à la Maison Prataz.
4) Au commencement était le feu
Dans des grottes d’Afrique, et plus précisément d’Afrique du Sud, des archéologues ont trouvé des traces de feu datées de 1,8 million d’années. Le feu a probablement été utilisé bien avant ; ce ne sont que les traces que nous avons trouvées. Là où il y a du feu, il y a du charbon de bois. Là où il y a des petits, chez n’importe quelle espèce de mammifère, il y a du jeu ; et là où il y a du jeu humain, il y a de la curiosité.

Imaginez les doigts d’un enfant Homo erectus qui ramasse ces petits morceaux de charbon et commence à faire des marques sur les parois de la grotte, il y a peut-être deux millions d’années. J’imagine que, pendant très longtemps, ils n’ont fait que des marques ; mais à un moment de l’évolution de nos ancêtres, quelqu’un a décidé de faire une très longue marque. C’est dans cette très longue marque que la pensée est entrée dans le mouvement, et que l’abstraction est devenue visible pour la première fois.
Si vous pouvez tracer une ligne, vous pouvez en tracer deux, trois, ou beaucoup : un, deux, trois, beaucoup. C’est le début des mathématiques ; et si vous tracez des lignes sur une surface, c’est aussi le début de la géométrie. Vous pouvez faire une grille. Vous pouvez faire des triangles, des carrés, toutes sortes de formes géométriques, et des cercles. Vous pouvez mettre un cercle dans un autre, ou un cercle autour d’autres choses. Vous pouvez tracer une croix qui marque le centre d’un cercle.
Ce sont des formulations fondamentales que l’on retrouve encore aujourd’hui dans les dessins spontanés des enfants, et dans les marques spontanées que vous faites peut-être vous-même quand vous gribouillez en parlant au téléphone. Il y a chez l’être humain un élan fondamental, très ancien, à faire des marques.
Quelqu’un, un jour, a tracé un cercle et mis deux petits cercles à l’intérieur, et a peut-être fait un bond en arrière, stupéfait de voir un visage le regarder. Ajoutez un petit trait pour la bouche, et la ressemblance est complète.
La première représentation : la magie des images. L’image prend vie. Maintenant, vous ajoutez, comme le font les enfants :
– des mains, puis des bras
– des pieds, comme des étoiles, avec des orteils
– des jambes
– un corps
– peut-être des cheveux, des oreilles
Vous devenez plutôt bon. Vous pouvez aussi commencer à dessiner des animaux. Vous pouvez prendre de la terre rouge, de la terre jaune, peut-être de la terre blanche comme l’argile ou la craie, et peindre des tableaux de taille monumentale et d’une beauté à couper le souffle, sans jamais penser à une notion appelée « art », parce que ce que vous faites est simplement une pure expression de la vie.

Je crois que cet élan fondamental est clairement visible dans le travail des enfants, et qu’il existe encore chez les adultes, même s’il a rarement la place de s’exprimer. Il peut surgir, comme je l’ai dit, sans qu’on le veuille, quand on gribouille. Les gribouillis sont extrêmement intéressants : je pense qu’on peut y trouver des traces de notre humanité la plus ancienne, qui remontent à la surface dans ces moments où l’on ne pense pas aux marques que l’on fait.
Quand je le peux, je m’impose de réserver 45 minutes par jour à faire des marques, tout simplement, sans autre intention que l’activité elle-même. J’ai des couleurs déjà préparées et des pinceaux qui attendent. Je prends une feuille de papier bon marché pour la peinture à l’huile, et je laisse apparaître ce qui veut apparaître, avec les couleurs choisies que j’avais préparées.
Et quand le travail est fini, il retourne au feu. Je le brûle, pour être sûr que la seule raison pour laquelle je fais ces marques, c’est l’activité elle-même : entrer dans cet état de travail fluide où l’intuition coule.
5) Composition Studio — les principes, et votre propre jugement
Les principes de la composition sont universels. On les retrouve dans une fresque de la Renaissance, un paysage de Corot, une estampe japonaise ou une toile abstraite : l’équilibre des masses, les lignes directrices, le rythme, les valeurs, le chemin que fait l’œil dans l’image. Les époques, les styles et les médiums changent ; les principes, eux, restent. C’est pour aider les peintres à les voir que j’ai conçu Composition Studio, le premier de mes outils ClearIdeas.
Comment ça marche ? Vous vous connectez, puis vous importez une photo de votre tableau — ou vous le photographiez directement avec votre téléphone. Vous pouvez choisir une ou plusieurs préférences stylistiques (classique/académique, impressionniste, expressionniste, moderne/abstrait, réaliste, ou un accent paysage, portrait ou nature morte) : l’analyse en tient compte. Vous cliquez sur « Analyser la composition », et le retour arrive en trois parties : ce qui fonctionne bien, les pistes d’amélioration, et des artistes proches, dont vous pouvez aller regarder le travail. Le ton se veut clair et bienveillant : une vraie conversation d’atelier, qui aide.
Pour aller plus loin, des fonctions avancées (avec crédits) permettent de générer des versions suggérées de votre tableau — changement subtil, net ou fort — avec, pour chacune, ce qui a changé et pourquoi ; de régler les contrastes chaud/froid, gris/chroma, de bords, clair/obscur et proche/lointain ; d’afficher la grille des tiers ; ou d’ouvrir une carte de saillance, qui montre où l’image attire l’œil, et d’y tracer le parcours du regard.
Mais le but n’est pas que l’application décide à votre place. Le but est que, tableau après tableau, les principes passent de l’écran à votre propre œil : que vous les compreniez de l’intérieur, assez bien pour les voir vous-même, devant le motif comme au chevalet. C’est comme ça qu’on devient meilleur peintre. Pour moi, l’outil ouvre la voie à la souveraineté : le jugement indépendant du peintre, son autorité sur ses propres tableaux. Les suggestions ne sont que des suggestions ; c’est vous qui décidez de ce que vous gardez.
Essayez-le avec un tableau qui coince, ou pour ouvrir de nouvelles possibilités.
Application : clearideas.art/composition

6) Artiste à l’honneur — Clyde Aspevig

Clyde Aspevig est un peintre paysagiste américain, considéré comme l’un des meilleurs paysagistes contemporains, sur le motif comme en atelier. Il a grandi dans une ferme près de Rudyard, dans le Montana, non loin de la frontière canadienne ; son père, fermier pragmatique mais ouvert d’esprit, lui a acheté son premier tableau quand il avait douze ans. Il a étudié à l’Eastern Montana College, à Billings, et vit aujourd’hui près de Bozeman avec sa femme, la peintre Carol Guzman.
Son chevalet de campagne l’a mené des montagnes et des prairies du Montana à Death Valley, aux Adirondacks, à la côte rocheuse de l’Atlantique Nord, aux fjords scandinaves et aux collines de Toscane. Ses tableaux figurent dans de nombreuses collections de musées — Tacoma Art Museum, Denver Art Museum, Gilcrease Museum, Rockwell Museum, entre autres — et il a notamment reçu le Prix de West Award (1997) et l’Edgar Payne Award du California Art Club (2013).
Ce qu’un peintre de plein air peut apprendre de lui :
Regarder sans clichés. « Comme j’ai grandi dans une sorte de vide, dans le Montana, on ne m’a pas appris les clichés », dit-il. Il a résisté aux marchands qui voulaient le cantonner aux grands panoramas qui se vendent bien. Devant le motif, la question n’est pas « qu’est-ce qui fait un bon tableau ? » mais « qu’est-ce que je vois vraiment ? ».
Laisser de côté. Pour lui, certains de ses tableaux les plus forts sont ceux qui laissent quelque chose de côté. Le sens de l’espace, du rythme et de l’harmonie dans ses toiles n’a rien d’un hasard.
Peindre comme on compose de la musique. « Je me sers de la musique tout le temps dans mes tableaux. » Penser la touche en rythmes — large et lente, vive, appuyée — plutôt qu’en détails.
La technique au service de l’idée. Il veut que la technique ne prenne jamais le pas sur l’idée essentielle du tableau. Une étude sur le motif n’a pas besoin d’être virtuose ; elle doit dire quelque chose.
Parmi les livres qu’il cite comme sources d’inspiration : le Carlson’s Guide to Landscape Painting, un classique pour tout paysagiste.
Œuvres : clydeaspevig.com/collections
Site officiel : clydeaspevig.com
7) Boutique
10.11.2025 Remontée d'automne, le Guiers Mort
Peinture à l'huile · 180,00 €
Voir le tableau →
11.11.2025, Cascade de la Petite Vache — Tableau original huile sur bois, Chartreuse
Huile sur bois · 240,00 €
Voir le tableau →
Des huiles peintes en plein air sont toujours disponibles sur joseph-sherriff.com. À signaler :
• Vibrations vertes — huile sur bois — 480 €
• Lumière inattendue — huile sur bois — 480 €
• Lumière du matin — 480 €
• Confluence hivernale, 27 décembre 2025 — huile sur bois, Guiers Mort — 420 €
• Eaux fortes, Guiers Mort, 5 février 2025 — huile sur toile — 420 €
Aussi en ligne : Fossil Beach (480 €), Le courant vif (420 €), Ruisseau du Pendu en hiver (240 €), Bijou — petite étude du Guiers Mort (180 €), Reflets du Pendu (90 €), Sous la glace (90 €).
Merci de m’avoir lu. À samedi aux Échelles pour celles et ceux qui viennent peindre la rivière.
Joseph E. Sherriff
Atelier Les Marrons · 34 chemin Isidore · Saint-Pierre-de-Chartreuse
joseph-sherriff.com
joseph.e.sherriff@gmail.com · 06 45 76 97 36

